Prenez un jeu sanglant. Doom 2, disons. Quand même assez violent pour son époque. Remplacez les images de cyberdémons par des représentations de personnages tirés d’un jeu plus inoffensif. Mario par exemple. Faites de même avec la majorité des éléments graphiques et sonores, mais conservez le design des niveaux et le système de règles qui détermine le comportement du jeu.

Résultat : Le mod Super Mario Doom

Ce court vidéo est révélateur du rôle que peuvent jouer les éléments audiovisuels et le récit qu’ils permettent au joueur de construire dans l’expérience que celui-ci fait du jeu, et ce, de deux façons.

D’une part, quiconque a déjà joué à Doom comprends aisément en regardant le vidéo que la manipulation effectuée, quoique qu’essentiellement esthétique, change radicalement l’ambiance et les sentiments inspirés au joueur. Doom est en effet un jeu où l’atmosphère glauque et étouffante contribue habituellement de façon importante à orienter l’expérience du joueur. Même si le mod n’est pas plus facile que l’original, il y a quelque chose de plus angoissant à l’idée de se faire piéger dans un coin par une bande de barons de l’enfer que par un troupeau de Yoshis

D’autre part, le joueur qui manipule Mario pendant la partie ayant été enregistrée pour ce vidéo fait pour sa part preuve d’un remarquable détachement par rapport à ces considérations. Il connaît visiblement très bien le design du niveau ainsi que l’emplacement des armes dont il a besoin et joue avec intensité, exactement comme il le ferait dans une partie de Doom normale. Il gère ses ressources (munitions, énergie, armure…) efficacement et applique une stratégie finement étudiée pour surmonter des obstacles qui, par leur comportement, demeurent les mêmes qu’avant l’intervention du modder. Parions qu’il ne s’agit pas de sa première expérience avec cette version farfelue de Doom. Ce joueur voit au-delà du graphisme fortement connoté de Mario. Parce que son objectif est de performer, il perçoit d’abord le jeu en tant que système de règles à maîtriser. L’image utilisée pour représenter un obstacle devient secondaire.

Hautement tripatif comme dirait l’autre.